Passion littérature anglophone : Un papillon sous la neige de Daphné Kalotay.

Trois personnages qui ne se connaissent pas mais qui sont liés par la même histoire, par un passé douloureux qu’il va leur falloir découvrir petit à petit. Un premier roman convaincant !

L’auteur :

Daphné Kalotay est une auteure américaine née d’une mère canadienne et d’un père hongrois. Elle grandit dans le New Jersey jusqu’à ce qu’elle s’installe dans le Massachussetts pour ses études à l’université de Boston. Elle est diplômée en écriture créative et possède également un doctorat en littérature moderne et contemporaine.

Elle a enseigné au département d’anglais de l’université de Boston. Elle a également été auteur à résidence au Skidmore College à Saratoga Springs et Lynchburg College à Lynchburg.

Daphné Kalotay a écrit beaucoup de nouvelles pour lesquelles elle a reçu de nombreux prix littéraires avant de se lancer dans l’écriture de romans.

Le roman :

Un papillon sous la neige , a Russian Winter dans la version originale, publié en 2010 par les éditions France Loisir, est le premier roman de Daphné Kalotay.

Le roman est composé de trois livres qui démarquent chacun l’évolution dans les recherches menées par un des personnages principaux.

Synopsis : Grigori Solodin, homme veuf de cinquante ans, est à la recherche de son identité et de son passé. Cette fouille minutieuse lui fera croiser le chemin de plusieurs personnes, liées de près ou de loin à son histoire, qui l’aideront dans cette reconquête de ce morceau de lui qu’il pense perdu à jamais.

Les personnages :

Nina Revskaïa : ancienne danseuse de ballet russe âgée de quatre-vingt-ans. Elle reste très secrète sur son passé, son histoire et comment elle est arrivée aux Etats-Unis. Aigrie, froide et renfermée, elle vit seule et ne reçoit la visite que de son infirmière Cynthia.

Grigori Solodin : veuf de cinquante ans, il enseigne la littérature russe à l’université de Boston. Adopté par des parents russes qui ont fui leur pays quand il était encore enfant, Grigori est à la recherche de ses origines.

Drew Brooks : jeune femme de trente ans, elle travaille chez Bellers, une salle de vente, et va gérer la vente des bijoux de Nina Revskaïa. Elle est dynamnique, vive et pleine d’empathie. Divorcée depuis deux ans, Drew se demande si elle n’a pas déjà laissé passer sa chance pour fonder une famille et avoir droit, elle aussi, au bonheur.

Viktor Elsin : poète reconnu russe, il est le mari de Nina. Il vit avec sa mère, méchante et manipulatrice, dans un petit appartement avant de rencontrer celle qui deviendra sa femme.

Vera Botonina : meilleure amie d’enfance de Nina, elle part vivre à Leningrad durant son adolescence avant de revenir à Moscou où elle dansera avec Nina au Bolchoï.

Cynthia : infirmière à domicile, elle rend visite à Nina tous les jours pour lui faire à manger et vérifier son état de santé. Gentille et patiente, elle réussit à gagner la confiance de la vieille dame et l’aidera même, sans le vouloir, à reprendre sa vie en mains.

Gersch : meilleur ami de Viktor, de son vrai nom Aron Somonovitch Gershtein, il est compositeur de musique assez reconnu avant d’être arrêté pour le simple fait d’être d’origine juive.

Le contexte historique :

L’histoire se déroule sur deux époques différentes : Boston, en 2010, et Moscou de 1949 à 1951.

On y découvre la capitale russe d’après guerre, entre les restrictions, la famine, la pauvreté et la dictature qui y règne. Nina, à travers ses souvenirs, nous fait visiter une ville démolie, une société gouvernée par la peur de voir ses amis ou sa famille disparaître sans raison, du jour au lendemain. Le gouvernement de Staline y est dépeint dans toute son ampleur, le positif comme le négatif.

Les lieux :

Entre les rues claires et calmes de Boston en 2010 et les avenues délabrées et bruyantes de Moscou en 1949. L’auteur nous fait découvrir le Bolchoï, où l’héroïne danse dans de nombreux ballets. Elle nous permet également de découvrir de grandes villes européennes dont Berlin et son quartier soviétique suite à la découpe de la capitale après la fin de la seconde guerre mondiale.

Dans l’époque moderne, l’université de Boston est le théâtre de nombreuses scènes et échanges.

En conclusion :

En dépit de la quatrième de couverture et du synopsis un peu mièvre qui y est fait, ce roman est un véritable laisser-passer pour découvrir le monde de la danse, la Russie post seconde guerre mondiale, et la vie en exil de certains de ses citoyens. La question de la nécessité de quitter son pays dans des circonstances aussi troublantes et le déracinement qui en découle est traitée avec finesse et subtilité au point de nous amener à une prise de conscience peut-être nécessaire. L’écriture simple et précise nous permet de nous plonger dans une partie oubliée et peu connue de l’histoire européenne. La recherche d’identité d’un de ses personnages principaux nous amène, petit à petit, à nous questionner sur les libertés que l’on semble prendre pour acquises et qui, il n’y a pas si longtemps, étaient un luxe pour tout un peuple.

Ce qui aurait pu être une banale histoire d’amour et d’amitié dans une Russie détruite devient finalement une ode à la liberté, à l’espoir et au combat pour des droits qui ne devraient pas être remis en question.

L’alternance entre les souvenirs de Nina en 1949 à Moscou et ses interactions avec d’autres personnages à Boston en 2010 est une idée de génie pour permettre de suivre les méandres et l’évolution de l’état d’esprit de la jeune danseuse, et de découvrir ce qu’une société et un environnement peuvent faire subir à un être humain.

Loin des strass et des paillettes des costumes de ballet, ce roman nous prend par la main pour nous emmener dans une réflexion intéressante les sacrifices, l’abandon de soi et la limite de ce que l’on peut endurer par amour ou par patriotisme.

Citations :

 » Nina partage son avis. La danse lui permet d’éprouver au plus profond d’elle, l’humanité du monde. Ce n’est que sur scène, quand elle se donne au public, qu’elle a le sentiment de collaborer à la construction d’une grande nation. Et pourtant… elle se souvient encore de la soirée où elle a joué Odile, des regards des spectateurs alors qu’elle démontrait sa virtuosité, comme un chien de cirque. De leurs applaudissements machinaux, qui ne saluaient pas son sens musical ou sa sensibilité artistique, mais son enchainement de fouettés, destinés à les impressionner. » ( p.298-299.)

 » Elle s’est assise sur le divan en un mouvement délié, comme un Z se repliant sur lui-même, les mains posées sur les genoux.  » Un jour, a-t-elle repris, j’ai exprimé devant mon mari la colère que m’inspirait la situation de notre pays. Il ne partageait pas ma frustration. J’ai crié : ‘ Comment peux-tu te comporter ainsi? Comment peux-tu faire comme si rien n’allait mal?’ Il s’est éloigné de moi, parce que je me mettais en danger en parlant ainsi en public. Plus tard, de retour à la maison, il s’est assis à côté de moi et m’a dit, d’une voix très douce : ‘ Tu ne vois donc pas que j’ai besoin de croire en lui?’ Il parlait de Staline. Il a ajouté : ‘ J’ai besoin de croire. Sinon, comment trouverais-je la force de sortir du lit le matin?’  » ( p. 309.)

 » Nina s’efforce de ne pas regarder les vitrines, les manteaux et les chapeaux; elle a honte de son émerveillement et de la confusion qui règne dans son esprit : pourquoi les « capitalistes maléfiques » dont on leur a tant rebattu les oreilles évoluent-ils librement dans des rues bien entretenues, devant des étals luxuriants, où personne ne fait la queue, où personne ne se bouscule? » ( p.381.)

 » Si vous rencontrez des difficultés et venez à douter de vous, pensez à lui, Staline, et vous regagnerez confiance. Si vous vous sentez fatigué, pensez à lui, pensez à Staline, et la fatigue vous désertera … Si vous avez un grand projet, pensez à lui, pensez à Staline, et le projet sera un succès … Si vous cherchez une solution, pensez à lui, pensez à Staline, et vous la trouverez. » ( p. 401.)

 » Nina la dévisage. Qu’aurait pu écrire Gersh de suffisamment grave pour être arrêté? Et Zoïa, avec son patriotisme échevelé et ses enregistrements des discours de Staline, ne pourrait-elle pas avoir parlé à la police de ce journal? Pourtant, son affolement paraît authentique. Mais qu’y a-t-il de plus difficile qu’aimer deux choses radicalement opposées, que vouloir désespérément croire aux eux? » ( p.424.)

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