Passion littérature francophone : Indiana de George Sand.

 » J’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société. »

L’auteur :

George Sand, pseudonyme d’Amantine Aurore Dupin de Francueil, est née le 1er juillet 1804 et est morte le 8 juin 1876. Fille de Maurice Dupin de Francueil et de Sophie-Victoire Delaborde, elle est, par son père, l’arrière-petite-fille du maréchal de France, Maurice de Saxe. Du côté de sa mère, elle a pour grand-père Antoine Delaborde, maître paulmier et maître oiselier, qui vendait des serins et des chardonnerets à Paris, sur le quai aux Oiseaux. George a donc une double ascendance, populaire et aristocratique, qui la marque profondément.

Aurore grandit, suite à la mort de son père, déchirée entre sa mère et sa grand-mère qui ne parviennent pas à trouver d’accord quant à la garde de la petite fille. Après avoir été placée en 1822 chez des amis de la famille, Aurore rencontre François Casimir Dudevant avec qui elle se marie la même année. Le mariage est malheureux et les deux époux s’éloignent rapidement et font chambre à part avant de se séparer officiellement en 1830. Aurore entretiendra par la suite de nombreuses relations amoureuses.

Aurore prendra le pseudonyme de George Sand à la publication de son premier roman Indiana, en 1832. Ce pseudonyme vient du nom de plume sous lequel elle publiait avant avec son ami et amant Jules Sandeau : ils ont publié un roman, Rose et Blanche, sous le pseudonyme de J. Sand. Quand Aurore a voulu faire publié son premier roman écrit seule, Jules Sandeau, par humilité, a refusé d’y être associé, n’ayant rien écrit dedans. Aurore décide donc de garder le pseudonyme de Sand mais change le prénom pour différencier leurs deux œuvres.

Le roman :

Comme de nombreux romans de cette époque, il est écrit à la troisième personne du singulier avec, néanmoins, l’intervention de l’auteur à la première personne de temps en temps pour prendre à partie le lecteur.

Le livre est construit en quatre parties distinctes. La première tisse la trame de fond de l’histoire, esquisse le portrait des personnages principaux et met en place l’intrigue pour la suite.

La seconde partie peaufine la relation entre Indiana et Raymon de Ramière, créant des liens plus profonds et défaisant en même temps certains liens établis entre les autres personnages navigant autour d’eux.

La troisième partie met en scène le déclin prévisible de certaines relations, l’évolution malsaine d’un amour empli de défi.

La dernière partie est la conclusion et la remise en question de certains personnages face à la périclitation de leurs mondes tels qu’ils les ont toujours connus.

Bien qu’elle s’en défende dans plusieurs préfaces qu’elle écrira par la suite, ce roman retrace en partie l’histoire de George Sand. En effet, il relate l’histoire d’une femme lassée d’un mari auquel elle a été mariée par convenance et qui la maltraite et ne la comprend pas, tout comme George Sand qui venait de se séparer de son mari juste avant le début de l’écriture du roman.

Synopsis : Indiana Delmare se morfond et dépérit de chagrin en étant mariée à Mr Delmare bien que celui-ci soit un honnête homme qui gagne bien sa vie. Exilée de l’île Bourbon où elle est née et a grandi, Indiana ne trouve pas sa place en Métropole et sa santé décline de plus en plus. Un jour, elle fait la connaissance de Raymon de Ramière, séducteur invétéré, qui va changer sa vie à jamais.

Les personnages :

Indiana Delmare : jeune femme créole de dix-neuf ans en mauvaise santé et se laissant dépérir suite à un mariage malheureux avec Mr Delmare après la mort de son père – qui était violent envers elle – dans la ruine la plus totale.

Le colonel Delmare : militaire à la retraite, rude et autoritaire, fervent bonapartiste, est le mari d’Indiana, qu’il a épousé à Bourbon. Ses connaissances et son bon sens lui permettent de faire prospérer la fabrique qu’il possède sur ses terres à Lagny. Peu intelligent, rude, grossier et violent, il est le portrait de l’homme honnête tel qu’il est dépeint à cette époque.

Raymon de Ramière : jeune homme brillant, éloquent, aristocrate, partisan de Martignac. Il est un séducteur invétéré, qui aime le défi et l’idée de plaire. Il ne vante l’amour que pour la conquête qu’il peut apporter et non pas pour le sentiment en tant que tel.

Sir Rodolphe Brown, dit Sir Ralph : jeune homme taciturne et solitaire, il est le cousin d’Indiana (la mère de Ralph était la sœur de celle d’Indiana), ami d’enfance d’Indiana et de Noun. Après une enfance durant laquelle il fut maltraité et humilié par ses parents, préféré à un grand frère considéré plus brillant et plus intelligent, il finit par épouser une femme qui le méprise. Finalement, après la mort de cette dernière, il part s’installer auprès d’Indiana.

Noun : jeune fille créole, sœur de lait d’Indiana, qu’elle a accompagnée en France pour être sa femme de chambre. Très belle, ayant même une beauté supérieure à celle de sa maîtresse, Noun attire la curiosité de plusieurs prétendants.

Les lieux :

L’histoire se déroule en France, entre Paris et Lagny, petite commune de la Brie, puis sur l’île Bourbon ( ancien nom de l’île de la Réunion) dont elle décrit précisément la flore exotique.

L’auteur met en avant les attraits de la vie à la campagne, du calme et de la sérénité qu’on peut y trouver, en opposition avec la vie bruyante et étouffante de Paris.

Le contexte historique :

L’intrigue se déroule après la Restauration et au début de la Monarchie de Juillet – aux alentours de 1830. Suite aux Trois Glorieuses, en juillet 1830, le peuple français contraignit Charles X à abdiquer et élut Louis-Philippe, membre de la branche cadette des Bourbons, en tant que roi de France mais dans une monarchie constitutionnelle, suivant ainsi l’exemple de l’Angleterre. Il y a donc bien un roi en France, mais ses pouvoirs sont restreints. Louis Philippe privilégie grandement la bourgeoisie, les convenances sociales, la religion, l’argent et l’épargnes qui sont des valeurs bourgeoises non soutenues par les artistes et les libéraux.

Le peuple français se retrouve ainsi divisé entre les monarchistes et les libéraux.

En conclusion :

Indiana sous ses airs de romans léger et badin du XIXème siècle, est en fait un manifeste sur la position de la femme dans la société de cette époque. Le choix du vocabulaire et l’écriture en tant que telle en font un roman difficile à lire, lourd et étouffant même par moments, néanmoins il n’en est pas moins porté par des personnages à la psychologie fine et brillamment rendue, leur conférant un aspect actuel et contemporain.

George Sand nous y dépeint une jeune femme maladive, mariée par nécessité parce qu’elle était dans le besoin financièrement, se languissant de l’île où elle est née et qui se retrouve dans une société dont elle ne connaît pas les convenances, ne comprend pas l’intérêt. Malgré elle, un feu prend vie au fond d’elle devant les inégalités et les injustices dont les femmes sont l’objet : mariages de convenances ou arrangés, impossibilité de divorcer malgré des sévices physiques et morales, etc..). Indiana comprend que malgré tout elle ne pourra jamais se séparer de son mari et qu’elle sera dorénavant vue et considérée uniquement comme Madame Delmare, femme du colonel. La jeune femme doit se rendre à l’évidence et admettre qu’elle ne parviendra jamais à briser le carcan dans lequel elle est maintenue par cette société qui lui est étrangère.

Ce personnage si subtil et fin incarne l’esprit de rébellion qui animait George Sand, toutes les femmes qui partageront ce même combat durant les siècles à suivre. En effet, si l’on sort Indiana de son contexte historique, du style suranné de l’écriture de ce roman, on se retrouve avec une héroïne moderne qui défend des droits et la reconnaissance pour lesquels les femmes continuent de se battre deux cent ans plus tard.

George Sand y dénonce avec intelligence et subtilité au travers de son héroïne le droit de propriété qu’avaient les hommes sur les femmes : les pères avec leurs filles puis les maris avec leurs épouses. En parlant du mariage d’Indiana, George précise qu’elle venait  » simplement de changer de maître ».

La violente opposition de l’auteur au mariage est aussi un thème débattu dans le roman, non pas vraiment en tant qu’institution mais davantage comme une prison pour la femme. Dans la société du XIXème siècle, une femme une fois mariée ne pouvait prétendre à une quelconque indépendance ni légale ni morale ni financière.

Ce premier roman nous apporte les prémices des révoltes de George Sand qui se fera par la suite l’avocate du droit des femmes, défendant leur place et exigeant une reconnaissance qui n’était pas encore coutume à cette époque. Elle sera d’ailleurs la première à porter un pantalon au quotidien après avoir reçu une autorisation de la préfecture de police.

Citations :

 » Je n’ai pas dit cela, reprit le colonel sur un ton moitié père, moitié mari; mais il y a dans les larmes de certaines femmes des reproches plus sanglants que dans toutes les imprécations des autres. Morbleu ! » ( p. 54.)

Elevée par un père bizarre et violent, elle n’avait jamais connu le bonheur que donne l’affection d’autrui. Monsieur de Carvajal, enivré de passion politique, bourrelé de regards ambitieux, était devenu aux colonies le planteur le plus rude et le voisin le plus fâcheux; sa fille avait cruellement souffert de son humeur chagrine. Mais, en voyant le continuel tableau des maux de la servitude, en supportant les ennuis de l’isolement et de la dépendance, elle avait acquis une patience extérieure à toute épreuve, une indulgence et une bonté adorable avec ses inférieurs, mais aussi une volonté de fer, une force de résistance incalculable contre tout ce qui tendait à l’opprimer. En épousant Delmare, elle ne fit que changer de maître; en venant habiter le Lagny, que changer de prison et de solitude. Elle n’aimait pas son mari, par la seule raison peut-être qu’on lui faisait un devoir de l’aimer, et que résister mentalement à toute espèce de contrainte morale était devenu chez elle une seconde nature, un principe de conduite, une loi de conscience. » (p.88-89)

 » Savez-vous ce qu’en province on appelle un honnête homme? C’est celui qui n’empiète pas sur le champ de son voisin, qui n’exige pas de ses débiteurs un sou de plus qu’ils ne lui doivent, qui ôte son chapeau à tout individu qui le salue; c’est celui qui ne viole pas les filles sur la voie publique, qui ne met le feu à la grange de personne, qui ne détrousse pas les passants au coin de son parc. Pourvu qu’il respecte religieusement la vie et la bourse de ses concitoyens, on ne lui demande pas compte d’autre chose. Il peut battre sa femme, maltraiter ses gens, ruiner ses enfants, cela ne regarde personne. La société ne condamne que les actes qui lui sont nuisibles; la vie privée n’est pas de son ressort.  » ( p.132-133)

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