Passion roman historique: La Toge rouge et la Courtisane, Alessandro Giraudo.

Retrouvons les aventures d’Héléna sur fond d’assassinats politiques, d’espionnage, de dépêches chiffrées et d’intérêts commerciaux…à une époque cruciale pour la survie de Venise…

L’auteur:

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Après avoir travaillé notamment à Turin, New York, Genève et Amsterdam, Alessandro Giraudo, historien et économiste, est actuellement le Chief Economist du groupe international Viel-Tradition à Paris. Il enseigne Finance et Economie Internationale dans une Grande Ecole à Paris. Parmi ses derniers livres figurent : Le nerf de la guerre (de Taillac, 2013, prix des Cadets de Saint-Cyr), Quand le fer coûtait plus cher que l’or (Fayard, 2015), Vingt histoires pour comprendre l’économie (J’ai lu-Librio, 2016), Or, argent et folies des grandeurs (Economica, 2016), Histoires extraordinaires des Matières Premières (Bourin, 2017, vol. I et II).
Alessandro Giraudo, économiste, enseigne Finance et Economie Internationale dans une Grande Ecole à Paris.

Le roman:

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La toge rouge et la courtisane a été publié par les éditions L’Harmattan en 2018. Raconté au présent à la troisième personne, le style est haché, enchaînant les mots au rythme d’une plume sensuelle et vive, passant d’un propos à l’autre sans toujours de lien entre eux: « Un soleil écrasant ralentit toutes les activités; ne sont visibles dans les ruelles ou sur la lagune, que ceux contraints de se déplacer. La cloche du campanile sonne la hora nona, un enterrement de pauvre passe avec ses nonnes précédant le cercueil et marmonnant leur chapelet, quelques rares personnes suivent. » (Page 9)… »Tous les documents sont prêts, vous avez un laissez-passer pour tous les pays que vous allez traverser. Votre supérieur direct est officiellement l’ambassadeur…Vous avez des lettres de change sur trois banques lombardes…cet argent va vous servir à payer des informateurs. » (Page 38) =>Procédé qui contribue à rendre le récit futile, frivole même parfois. De ce fait, chaque chapitre se présente comme un tableau sans aucun liant entre eux, ce qui donne un côté décousu au récit parfois déconcertant.

Fil rouge: anecdotes issues de la mythologie.

L’intrigue:

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L’histoire commence juste après les événements racontés dans La courtisane du Rialto. Héléna est intriguée. Elle vient de recevoir une invitation émanant d’un marchand de la puissante maison Hochstatter qui, selon la rumeur, envisagerait de se fournir à Lisbonne où le poivre et les épices, dont il fait commerce, coûtent moins cher. Peut-être attend-il d’elle la même chose que le questore: des renseignements sur les récentes découvertes de nouvelles terres dans le Ponant, savoir si les dernières expéditions ont été fructueuses et profitables, afin de réorienter sa stratégie commerciale.

C’est alors que le vieux doge décède, laissant la ville perplexe: qui, dans ces temps périlleux que traverse la Sérénissime, pourra le remplacer efficacement afin de relever les nouveaux défis qui s’imposent à l’orgueilleuse cité? Afin que la jeune femme remplisse au mieux son office, le questore charge Joba, homme intelligent et cultivé, de la former: « Il faut que nous sachions tout ce qui se passe là-bas, les projets à venir, les méthodes pour inciter marchands et banquiers à participer au développement de ces nouveaux produits…Quand tu seras invitée chez les diplomates de Florence et de Gêne, tu devras suivre, orienter, éventuellement dévier innocemment la conversation sur ces sujets. » (Page 28).

Car plus que jamais la position de Venise se fragilise. Si elle veut y survivre, elle se doit de réagir, et vite: « Le monde change vite et Venise ne doit pas rester les bras croisés, à rêver des grandes conquêtes du passé et de sa puissance commerciale ébranlée. Nous devons bouger…Les hommes du sior Venier et ceux du Questore Generale doivent redoubler d’efforts dans la recherche d’informations sur la stratégie de nos ennemis, afin de protéger la République et nos institutions essentielles. » (Page 55). Dès lors, s’engage une cruciale et vitale course contre la montre, à laquelle Héléna participe activement , notamment afin de se procurer la Carte de Cantino, tout en luttant pour réaliser ses rêves d’une vie d’amour épanouie avec celui que son cœur a choisi.

Les personnages:

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Venise au 16e siècle
  • Héléna: prostituée grecque née à Corinthe; très belle, intelligente et ambitieuse.
  • Questore: chef de la police secrète vénitienne; homme froid, capable de masquer ses émotions
  • Badolin: un des Conseillers des Dix; expert en matière de commerce.
  • Sior Jovan Battista Diodonado: secrétaire du questore, surnommé Joba, amant d’Héléna; fils d’un notaire de Padoue; homme instruit.
  • Herr Kohl: marchand bavarois.
  • Leonardo Loredan: nouveau doge; procureur de la République, d’origine plus modeste que les doges précédents, mais habile et fin politique.
  • Gerlinde: femme qui travaille pour le Questore; d’origine bavaroise, issue d’une riche famille; intelligente, cultivée et efficace dans son métier.
  • Nicola Venier: haut responsable du contre-espionnage; personnage retors, à l’intelligence fine et aiguë, au regard d’acier qui hypnotise quand il ne terrorise pas.
  • Pavan: marchand d’épices du Rialto; homme très cultivé qui a fait des études de droit et de rhétorique; élégant et sensible.

Les lieux:

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Venise: à l’époque, de par sa situation géographique, la Sérénissime constituait un carrefour stratégique: « Chargées de collecter des renseignements auprès des capitaines des bateaux arrivant dans le port et des voyageurs (la Sérénissime reste le point de départ des pèlerins pour Jérusalem), nombre de péripatéticiennes travaillent pour la police. La foi brasse beaucoup de monde; des gens porteurs des dernières nouvelles et des rumeurs qui circulent sur le Continent, au Levant, plus récemment au Ponant, font étape à Venise. Les informations concernent tous les domaines…Venise est la plateforme où l’on apprend les nouvelles économiques, politiques, militaires, les bruits et les rumeurs du monde… » (Pages 9-79).

En conclusion:

Le +: les très nombreuses anecdotes concernant la vie quotidienne (le commerce, les repas, la mode vestimentaires, les habitudes culinaires, les transports, la médecine, les fêtes), ainsi que les nombreuses notes de bas de page et les mots italiens émaillant le récit, confèrent au roman son côté vivant, comme une scène de théâtre illustrant divers aspects de la vie à Venise au 16e siècle.

Le ++: une trame historique étayée par une documentation rigoureuse, présentant avec précision la situation économique de Venise ainsi que les enjeux politiques et mercantiles, sur laquelle se greffe l’histoire des personnages fictifs, en particulier celle de la jeune Héléna qui nous livre ses rêves, ses ambitions, ses amours…comme toute femme le ferait, peu importe l’époque à laquelle elle vit.

Pour les amoureux de romans historiques et les curieux, La Toge rouge et la Courtisane constitue un document aussi instructif que divertissant, proposant une analyse bien documentée des ressorts de la marche du monde au 16e siècle, qui vous fera passer un bon moment de lecture.

Citations:

« Un jour, on demande du cuivre et les prix montent; le lendemain, de lourds chariots arrivent du Brenner, chargés de ce métal, et les prix s’effondrent. Un bruit fait monter les prix de l’or; quelques jours après, on a un démenti et les prix baissent. Il faut chevaucher le tigre de façon permanente, disposer d’informations et de renseignements pour essayer de comprendre la réalité. Cette réalité est une énorme mosaïque formée de nombreuses pièces, dont chacun de nous possède quelques-unes. il faut aller les chercher et, pour se les procurer, dépenser beaucoup de ducats, avoir des yeux d’aigle, l’odorat des fouines et l’ouïe des chauves-souris! » (Pages 21-22).

« Vous savez que Venise doit affronter un moment particulièrement délicat, je n’ai pas voulu employer le mot « difficile ».Nous devons déplacer nos pièces sur l’échiquier, sans connaître l’emplacement des pièces de nos ennemis, donc, nous jouons parfois à l’aveugle. Eux non plus ne disposent pas de la totalité des positions de nos pièces; nous devons faire en sorte de continuer à les dissimuler, persuader l’ennemi qu’elles sont positionnées ici ou là, alors qu’en fait, elles sont ailleurs. » (Page 54).

« Vous connaissez l’éditeur Aldo Manuzio, qui réalise des miracles dans l’imprimerie chez nous à Venise. Un jour, il a utilisé la plus belle métaphore que je connaisse sur le monde des livres: deux hommes font face à un haut mur; le premier a sous ses pieds deux livres, il ne peut pas voir ce qui se passe derrière le mur; l’autre a sous ses pieds une pile de livres et peut voir outre le mur et observe tout ce qui est caché au premier. Mon ami Aldo voulait dire que l’homme qui lit des livres dispose d’un panorama élargi. Probablement, il peut observer et mieux comprendre la réalité. » (Page 174).

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