Passion roman historique: Dernière Saison dans les Rocheuses, Shannon Burke.

Qui pourrait prétendre n’avoir jamais vibré au son des cavalcades des chevaux dans les plaines du Far-West, des chevauchées cheveux au vent poursuivis par des hordes d’Indiens, le coeur tambourinant dans la poitrine?? Un roman digne des meilleurs westerns de notre enfance…

L’auteur:

Shannon Burke est né le 11 septembre 1966 à Wilmette, une petite ville de l’Illinois située à cinq kilomètres au nord de Chicago. Il est scénariste et romancier.

Le roman:

Dernière saison dans les Rocheuses, Into the Savage Country dans la version originale parue en 2015, a été publié par les éditions 10/18 en 2018. C’est le troisième roman de l’auteur. Le récit à la première personne raconte les aventures de William Wyeth à l’époque des dernières brigades de trappe d’après ses souvenirs: « Je me demande maintenant ce qui se serait passé et quelles en auraient été les conséquences si nous nous étions battus…A l’époque dont je vous parle, le printemps 1826, il avait déjà vendu ses parts de la Compagnie des fourrures des Rocheuses à ses associés… » (Pages 14-16).

L’intrigue:

1826. Le jeune William Wyeth, rêvant d’aventures et supportant de moins en moins l’atmosphère étouffante de Saint-Louis, cette ville de nantis en toque d’astrakan, s’engage dans la compagnie de trappeurs la plus téméraire de l’Etat.

Mais le jeune homme, gravement blessé au cours d’une chasse au bison, est transporté à la colonie de Fort Burnham par ses compagnons afin de faire soigner ses blessures par le docteur Meeks. Contre toute, attente, il y retrouve Alene, veuve sans le sou criblée de dettes, pour laquelle il en pince depuis longtemps. Aussitôt, des rêveries fumeuses s’emparent de son esprit de jeune homme naïf, bien vite ramené sur terre par l’arrivée de Layton, officiellement pour le commerce de peaux, officieusement pour la belle Alene…

Une fois rétabli, William, qui a toujours soif d’aventures et de grands espaces, s’engage dans la compagnie de Layton qui lui a promis monts et merveilles. Malgré les innombrables dangers, ils partent pour le grand Ouest, dans ce qui sera la dernière campagne fructueuse avant le déclin du commerce de peaux: « je préfère conter la glorieuse odyssée des trappeurs qui, un temps, enflamma les paysages sublimes de l’Ouest, et décrire comment, par chance, nous avons joué un petit rôle dans le grand tourbillon de l’histoire américaine. » (Pages 39-40).

William découvre un univers masculin fait de chasses au bison, de nuits à la belle étoile, de confrontations aux forces de la nature, de rencontres parfois musclées avec les tribus indiennes, d’inconfort et de vie spartiate, qu’il n’oubliera jamais et pour lequel il gardera dans son cœur une certaine nostalgie.

Contexte: le roman restitue avec clarté l’équilibre fragile qui existait entre les différents groupes d’Indiens, les Américains et les Anglais, ces derniers rivalisant afin de s’approprier le plus de territoires possible, situation complexe que mettaient à profit les trappeurs pour s’enrichir en s’alliant, si besoin était, avec les Indiens: « Long Hair…se doute que des hordes d’Anglais et d’Américains vont envahir les Rocheuses. Son seul atout, ce sont ces terres restées vierges. Il a intérêt à les protéger. Il souhaite troquer des peaux contre des fusils et des munitions, afin de protéger les villages. » (Pages 128-129)… »De multiples accrochages s’étaient produits entre Américains et Britanniques, et la course à la première place ne faisait que s’accélérer entre brigades à mesure de la raréfaction progressive des animaux à fourrure. Les enjeux de la renégociation de la convention de 1818 étaient clairement liés au nombre de peaux récoltées par les trappeurs. » (Page 168).

Les personnages:

Certains personnages mis en scène par Shannon Burke ont réellement existé, tel que Jedediah Smith, pour lesquels l’auteur, selon son propre aveu, s’est inspiré au plus près de la réalité, même s’ils n’ont pas exploré toutes les régions évoquées dans le roman.

  • William Wyeth: narrateur; 22 ans au début du roman; travaille au traitement des peaux; aventureux, courageux; ambitionne de rejoindre une brigade de trappeurs.
  • Ferris Walter: compagnon de William; fils de médecin, excellent tireur; compagnon facile à vivre, montagnard né, curieux de tout.
  • Jedediah Smith: chef de la troupe; une âme généreuse; le plus brave et le plus digne de confiance des chefs de brigade.
  • Pegleg: compagnon de William; homme courageux qui ne mâche pas ses mots.
  • Moses Branch: guide à moitié indien.
  • Isaac Meeks: médecin de fort Burnham; handicapé de la main gauche; esprit curieux, un des rares à témoigner de l’humanité envers les Indiens.
  • Alene Chevalier: tanneuse canadienne.
  • Henry Layton: arrogant et désinvolte, une crapule finie, mais capable de bravoure, d’énergie et de force de caractère; excellent cavalier; issu d’une famille aisée a vécu une enfance protégée.
  • Max Grignon: muletier, sournois et cupide, prêt à tout pour de l’argent; roublard, perfide et mesquin sous ses dehors courtois.

Les lieux:

Paysages: des panoramas contrastés, grandioses dans leur infinité, décrits avec une sobriété parfois lyrique, comme si l’essentiel se passait ailleurs: « Bientôt, je trottai au milieu d’un lit de rivière asséché. J’atteignis le sommet d’une colline à l’herbe rare et contemplai les ondulations de la plaine brûlée par le soleil, s’étendant à perte de vue…Un oiseau planait dans le ciel blanc, qui me parut soudain très haut, comme si le monde, grandiose et solennel, s’était dilaté autour de moi. La Prairie me donnait la sensation d’être à l’orée d’un mystère infini, déconcertant et, par dessus-tout, m’écrasant d’une solitude absolue. » (Page 26).

téléchargement

Fort Burnham: seul rempart entre la ville de Saint-Louis et l’empire britannique: »Erigé au faîte d’une longue arête surplombant un immense méandre du Missouri, le fort était placé à l’époque sous le commandement du général Burnham. A un demi-mille de là, un dispensaire accueillait les Indiens atteints de la variole…Entre le dispensaire et le fort, sur plusieurs arpents de prairie faisant office de cordon sanitaire, étaient bâties quelques huttes en rondins colmatés de boue durcie ainsi que deux structures en bois au toit de bardeaux abritant un magasin général et une épicerie. » (Pages 57-58) =>Ce décor ne vous rappelle-t-il pas les « films de cow-boys » de votre enfance?

En conclusion:

ocheuses américaines

Dernière saison dans les Rocheuses relate un épisode de l’histoire américaine peu ou mal connu sur lequel Shannon Burke nous apprend beaucoup, tout en nous divertissant: les rivalités entre Américains et Britanniques à la conquête du Grand Ouest, les Indiens tentant d’en profiter pour protéger et sauvegarder leurs terres et leur mode de vie ancestral; la vie rude des trappeurs, les antagonismes entre les brigades, mais aussi la solidarité et les forts liens d’amitié unissant les hommes =>Découverte d’un monde à jamais disparu et pourtant si proche, palpitant au tréfonds de chaque être épris d’aventure et de liberté admirablement restitué par l’auteur.

Le +: Shannon Burke nous livre un récit passionnant aux scènes d’action vivantes, comme la scène où William et Ferris sont pris dans le blizzard, aux descriptions tellement saisissantes qu’on se croirait assis dans un fauteuil d’une salle de cinéma de quartier à regarder sur grand écran un western culte. Le souffle épique qui se dégage de ces pages nous transporte loin dans les plaines de l’Ouest américain, confortablement assis sur la selle de notre monture, la main en visière, contemplant les ondulations des graminées doucement soulevées par une chaude brise estivale…

Citations:

« Il jurait d’arrêter les frais et même de renoncer aux bonnets de castor. Promesses en l’air, car en dépit des épreuves et des revers de fortune, il régnait parmi les trappeurs un esprit de camaraderie et de conquête qui n’existait nulle part ailleurs. Dès lors que la fièvre de l’aventure brûle dans vos veines, le reste ne semble qu’une pâle imitation de la vie, terne et frileuse. » (Page 16).

« Le crépuscule tombait. Un gros croissant de lune apparut dans le ciel et la température chuta de plusieurs degrés. Nos larmes gelaient instantanément sur nos joues. A chaque inspiration, l’air glacé s’infiltrait dans nos poumons. La lune jouait à cache-cache avec les nuages qui s’effilochaient au-dessus de la prairie enneigée. Des flocons tourbillonnaient autour des ombres fantomatiques des troncs d’arbres. » (Pages 110-111).

« Même si nous avions prévu de prendre au début du printemps le premier quillard pour Saint-Louis, de nous y marier et d’y passer l’été, Alene savait bien que j’avais promis à Ferris de rejoindre la brigade. Au fond de mon cœur, j’en mourais d’envie. J’avais quitté ma ferme natale et fait route vers l’Ouest afin d’assouvir un besoin impérieux de bouger, de sonder les profondeurs de mon âme; sans quoi, je craignais de n’être jamais satisfait. » (Page 122).

« William, aujourd’hui tu ne vois que ses bons côtés. Quand il fait du charme. Quand il cherche à amadouer. Quand il promet la lune. Quand il déploie toute sa ruse, son énergie, son bagou, son intelligence pour persuader les gens de le suivre aveuglément. Mais le moment venu de tenir parole, il se sent pieds et poings liés, il dépérit, s’aigrit, devient mauvais. Alors seulement tu découvres sa vraie nature, son âme noire, sa faiblesse, son mépris. » (Page 137).

« Le saccage des rivières par des brigades de plus en plus nombreuses transformerait bientôt cette nature riche et indomptée en désert cartographié, surexploité et hostile. Peu d’homme se souviendraient de ce pays tel qu’il avait été dans sa glorieuse pureté originelle. » (Page 216).

« La récompense d’une jeunesse intrépide, c’est le contentement et la sagesse d’une vieillesse heureuse. La flamme inextinguible de nos jeunes années nous permet de glorifier le passé avec une joie sans mélange. Loin d’assombrir le présent, elle l’agrémente de beaux souvenirs et balaie les mauvais. » (Page 280).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s