Passion littérature anglophone : La Dame de l’Orient-Express, Lindsay Ashford.

« Il n’est pas facile de croire en quelque chose quand tout votre univers s’effondre. L’essentiel, c’est de continuer à croire en soi. »…Une belle leçon d’optimisme qui vous réconcilie avec la vie…

L’auteur:

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Lindsay Ashford, romancière et journaliste britannique, est né le 23 janvier 1959 à Wolverhampton, cité située dans le West Midlands, au nord-ouest de Birmingham. Ses romans sont consacrés aux enquêtes de la psychologue médico-légale Megan Rhys, non encore traduits en français.

Lindsay Ashford, diplômée en criminologie du Queens’ College de l’université de Cambridge, devenant ainsi la première femme diplômée de cet établissement, a travaillé comme journaliste à la BBC, puis en free-lance. En 1996, elle suit un cours d’écriture de romans policiers. Son premier roman, Frozen, est publié en 2003 par les éditions Honno.

Le roman:

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La Dame de l’Orient-Express, The Woman on the Orient-Express dans la version originale parue en 2016, a été publié en 2020 par les éditions L’Archipel, que je remercie au passage pour l’envoi de ce SP. C’est le premier ouvrage de l’auteur a être traduit en français. Le style de Lindsay Ashford est fluide, très agréable à lire, grâce à une plume simple mais envoûtante: » La main d’Agatha se mit à trembler, sa tasse de thé heurta la soucoupe. Mais le bruit fut couvert par le crissement des freins. Le train se mit à ralentir. Tout à coup, apparurent des chalets en bois aux fenêtres couvertes de givre, des chariots poussés par des gens au visage pâle et aux traits tirés, coiffés de toques en fourrure. » (Page 33).

Construction: des épisodes ainsi que des anecdotes véridiques de la vie d’Agatha Christie servent de canevas à la partie fictive de ce roman, créant un mélange très réussi, captivant, même pour les connaisseurs chevronnés de la grande dame. Trois destins de femmes dont les fils se croisent dans le mythique Orient-Express: Agatha fuyant le fantôme de son ex-mari; Nancy quittant un mari violent pour retrouver son amant; Katharine rejoignant son futur mari.

L’intrigue:

Octobre 1928. Bien que divorcée depuis plusieurs semaines, Agatha Christie se sent poursuivie par le « fantôme » de son ex-mari qu’elle voit partout. La jeune femme, très lucide, dans le but d’y échapper, d’oublier son divorce douloureux, de se reconstruire et d’aller de l’avant, décide, pour la première fois de sa vie, de voyager seule. Sous un nom d’emprunt, elle se rend en Orient, à Bagdad, par l’Orient-Express.

Elle se sait privilégiée de disposer de tout son temps et de moyens financiers conséquents grâce au succès de son dernier roman, Le Meurtre de Roger Ackroyd. Comme elle venait juste de remettre à son éditeur le manuscrit de son prochain roman, Les Sept Cadrans, rien ne l’oblige à rester en Angleterre. Elle peut donc quitter le climat froid et morose de l’Angleterre et entreprendre ce long voyage, idéal pour se changer les idées

Au cours du voyage, Agatha fait la connaissance de deux jeunes femmes, chacune porteuse d’un lourd secret. Les trois jeunes femmes vont alors se lier d’amitié et décider de se rendre jusqu’à Bagdad ensemble. D’ailleurs, Katharine, dont le but du voyage est de retrouver son futur époux, directeur d’un chantier de fouilles basé à Ur, les invite à y séjourner. Agatha, toujours en quête de nouvelles expériences, accepte…Sans se douter que son destin y basculera à jamais…

Les personnages:

  • Mary Miller, allias Agatha Christie: 38 ans, romancière à succès, divorcée, timide et en même temps audacieuse.
  • Nancy Nelson: a vécu son enfance à Ceylan, son père y possédant une plantation de thé; nouvelle secrétaire d’Agatha.
  • Katharine Keeling: compagne de compartiment d’Agatha; jeune veuve; nature expansive, directe, habituée à agir selon sa volonté, peut se montrer « toxique » si on la contrarie; ancienne dessinatrice publicitaire dans la haute-couture, travaille pour le British Museum en tant que dessinatrice avec une équipe d’archéologues en Mésopotamie.
  • Léonard Wooley: célèbre archéologue; déteste les touristes; respecte les personnes très intelligentes, hommes ou femmes; homme sévère aux principes stricts, passionné par son travail qu’il place au-dessus de tout.
  • Max Mallowan: collaborateur de Wooley; s’occupe des ouvriers, de l’approvisionnement; parle parfaitement l’arabe; attentif, patient, tourné vers les autres.
  • Mickael Cruft-Deacon: dessinateur du chantier.
  • Hamoudi: chef arabe du chantier; ami de Max.

Les lieux:

L’Orient-Express: célèbre train de luxe, imaginé par l’ingénieur belge Georges Nagelmakers suite à un voyage qu’il fit aux Etats-Unis en 1867 au cours duquel il découvrit les sleepings-cars conçus par l’ingénieur Pullman, ingénieux wagons-lits mais au confort sommaire. Lors de son retour en Europe à bord d’un paquebot transatlantique, il fut séduit pat leurs aménagements luxueux. Dès lors, il eut l’idée de fusionner les deux en concevant des trains-couchettes luxueux, au confort moderne, à destination d’une clientèle aisée. Après de nombreux déboires financiers, il fonde, en 1876, la Compagnie Internationale des Wagons-Lits. Le 10 octobre 1882, le train réalise son premier voyage à travers l’Europe, reliant Paris à Vienne en moins de 28 heures. Face au succès de aventure, Georges Nagelmakers  a l’idée de prolonger le voyage jusqu’à Constantinople. En 1919, un passage par Venise est ajouté à l’itinéraire d’origine. C’est dans les années 1920, avec des artistes décorateurs célèbres comme René Prou ou René Lalique, le style « Orient-Express » atteint son apogée.

Le chantier de fouilles: en totale opposition au luxe du train, Agatha se retrouve confrontée à des conditions de vie spartiates, auxquelles elle s’adapte parfaitement: un bâtiment insignifiant, entouré d’une imposante clôture en barbelés pour protéger les nombreux objets en or mis au jour, gardés par deux arabes solidement armés. La maison, construite en briques de boue séchée recueillie sur le monticule des fouilles, est flanquée d’une véranda. Ses murs sont rugueux, son sol est couvert de nattes de jonc, mais, curieusement, malgré un mobilier sommaire, Agatha trouve le décor accueillant. Les chambres sont petites, munies d’un simple lit en fer forgé et de tapis en peau de chèvre. Une seule salle de bains pour tout le groupe.

En conclusion:

Raconter dans une fiction romanesque un épisode de la vie de la célébrissime romancière Agatha Christie est toujours une gageure complexe, risquant de sombrer dans des pièges tel que le remplissage stérile, le rabâchage à but commercial, avec pour résultat l’indifférence du public si l’on ne propose pas un angle ou une révélation inédits, tant les documents et les écrits de toutes sortes abondent. Lindsay Ashford, par le choix d’évoquer un épisode méconnu de la vie d’Agatha Christie, propose ici un roman subtile, une réponse personnelle à la difficulté de la jeune femme à surmonter l’épreuve d’un divorce, vécu comme un événement traumatisant et très inhabituel, entaché de scandale et d’ignominie, la société de l’époque ne pardonnant qua rarement un tel manquement aux convenances.

Le +: La Dame de l’Orient-Express, dans lequel on retrouve l’atmosphère délicieusement surannée des romans d’Agatha Christie, exalte l’amitié féminine façonnée peu à peu à l’aulne d’épreuves et de secrets partagés, compose des portraits de femmes complexes, cherchant plus à comprendre qu’à juger les agissements et pensées de chacune d’elles, puisant dans la loyauté,  la force d’endurer et de surmonter les pires expériences, se retrouver sans ressources loin de son pays, la trahison, la perte d’un être cher…Un roman émouvant, captivant, un beau message d’espoir: la solidarité n’est pas un vain mot. Peu importent les expériences négatives du passé, il faut toujours repartir du bon pied, pour avancer…

Citations:

« Il était question de l’amour et de la souffrance du Christ dans le jardin de Gethsémani. Mlle Johnston, leur professeur, leur avait annoncé que tous, à un moment de leur vie, se sentiraient comme Lui seuls et abandonnés, y compris de Dieu. A ce moment-là, ils devaient à tout prix resté persuadé que ce n’était pas la fin, que Dieu était là, prêt à les aider s’ils lui faisaient confiance. » (Pages 95-96).

« Agatha s’assit en tailleur sur le sable. Dès la première bouchée, elle se dit que c’était la nourriture la plus délicieuse qu’elle eût jamais dégustée. Se trouver dans le désert au petit jour, baignée par l’air pur et les couleurs de l’aube -rose pâle, corail et bleu -, conférait à l’expérience une dimension magique. Tout à coup, sa vie d’avant, en Angleterre, lui parut étriquée, insignifiante. Tout ce dont elle avait toujours rêvé se trouvait ici, dans ce paysage aride, loin de tout. » (Page 158).

« Elle pénétra dans la cour, tourna le visage vers le ciel. La vision de toutes ces étoiles la stupéfia. A Bagdad, elle s’était souvent assise sur la véranda, la nuit, pour observer la Voie Lactée. Mais cela n’avait jamais été aussi spectaculaire. Les étoiles paraissaient si proches qu’elle aurait pu les toucher. » (Page 270).

« Faites confiance au train, mademoiselle, car c’est le bon Dieu lui-même qui le conduit. Faites confiance au train. Mes propres mots, écrits il y a si longtemps, quand je croyais ma vie achevée. Car le train, comme la vie, doit continuer d’avancer jusqu’à son terminus. Peut-être les paysages traversés ne seront-ils pas toujours très beaux mais, si on baisse le store, la beauté comme la laideur vont nous manquer. » (Pages 391-392).

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