Passion littérature anglophone : L’Héritage, Katherine Webb.

Premier roman de la romancière britannique Katherine Webb…Afin de réparer un fâcheux oubli…Et de vous divertir en ces temps difficiles…

L’auteur:

Katherine Webb, née en 1977 dans le Kent, comté situé au sud-est de Londres, est une romancière britannique, auteur de huit romans, dont seulement les quatre premiers ont été traduits en français. Elle a étudié l’histoire à l’université de Durham.

Le roman:

Lhéritage, The legacy dans la version originale parue en 2010, a été publié par les éditions Belfond en 2011. Le récit est raconté au présent à la première personne selon le point de vue d’Erica, la narratrice, comprenant des flash-back racontés au passé; l’histoire se déroule au rythme de ses souvenirs imbriqués dans le présent: « Je tends la bras derrière la tête de lit en chêne sombre, laisse courir mes doigts sur les montants jusqu’à ce que je le sente. Il est cassant maintenant, couvert de poussière, ce bout de ruban -un ruban en plastique rouge provenant d’un cadeau d’anniversaire. Je l’avais attaché là à huit ans pour avoir un secret que je serais la seule à connaître. Ainsi je pouvais y penser dès le retour à l’école. » (Page 29)… »Ce n’était jamais le cas dans notre enfance. Il y avait peu de désaccords et de disputes entre nous. La différence d’âge, peut-être, à moins que ce ne soit parce que nous avions un ennemi commun. Même quand on nous avait enfermées deux journées entières, deux longues journées ensoleillées, nous ne nous étions pas crêpé le chignon. » (Page 78).

Construction du récit: d’incessants allers-retours nous emmènent du début du vingtième siècle, dans les années 1902-1905, à aujourd’hui, quatre générations plus tard.

Thèmes: secrets de famille; disparition d’enfant; poids des secrets: « Que serait-il arrivé si Henry n’avait pas disparu? Peut-être que Mérédith ne serait pas devenue si désespérée? Peut-être que maman ne se serait pas brouillée avec elle, poussée à bout, ayant épuisé sa patience et son indulgence. Clifford et Mary auraient continué à venir, n’auraient pas été lésés. » (Page 327).

L’intrigue:

OIP (2)

A la mort de leur grand-mère, Beth et sa soeur Erica héritent de Storton Manor, somptueux domaine familial où, enfants, elles ont passé toutes leurs vacances, malheureusement laissé à l’abandon. La seule condition pour en devenir propriétaires: l’habiter. Sinon, le manoir sera vendu et l’argent de la vente versé aux bonnes œuvres.

Pourtant, le domaine devrait revenir à Henry, leur cousin mystérieusement disparu vingt-trois années plus tôt, à l’âge de onze ans, sans laisse aucune trace. L’enquête menée par la police est restée lettre morte. Ce mystère qui a bouleversé leur famille semble toujours planer sur les murs du domaine, comme une ombre maléfique, accablant Beth d’un poids qu’elle semble ne plus pouvoir porter, comme si elle savait ce qui s’est réellement passé ce jour d’été lointain.

Mais il n’est pas le seul: Erica, en triant les affaires de sa grand-mère, trouve une très vieille photo qui l’intrigue: une jeune femme pose avec sur ses genoux un bébé âgé d’environ six mois, aux cheveux noirs, au visage brouillé. C’est Caroline son arrière-grand-mère. Qu’est devenu cet enfant? Pourquoi a-t-il disparu de l’arbre généalogique de la famille? Autant de questions laissées sans réponse qui continuent d’empoisonner le présent et empêchent les deux sœurs de s’épanouir. Mais Erica est bien décidée à faire la lumière, quoiqu’il puisse lui en coûter, en bien comme en mal…

Les personnages:

  • Erica: narratrice; institutrice de 31 ans.
  • Beth: sœur aînée d’Erica, âgée de 35 ans; traductrice.
  • Eddie: fils de Beth.
  • Laura: mère d’Erica et Beth.
  • Mérédith: grand-mère défunte des deux sœurs.
  • Clifford: fils de Mérédith; père de Henry.
  • Henry: cousin des deux sœurs; disparu mystérieusement trente ans plus tôt.
  • Caroline: mère de Mérédith; issue de la haute société.
  • Bathilda: tante de Caroline; très à cheval sur les bonnes manières.
  • Nathan Dinsdale: romanichel, ami d’enfance d’Erica et de Beth.

Les lieux:

Storton Manor: Katherine Webb donne un aperçu du manoir selon deux angles différents: du temps de sa splendeur dans la première moitié du 20e siècle: le jardin était magnifique, tout était très bien entretenu, aussi bien à l’extérieur que « les douze chambres, les plafonds démesurés, le majestueux escalier. » (Page 17).

et dans son état actuel d’abandon: « Storton Manor, sinistre et massif, couleur du ciel bas d’aujourd’hui. Un édifice victorien néogothique aux fenêtres à meneaux en pierre, à la charpente vermoulue, verdie par le lichen. Des feuilles mortes s’amoncellent contre les murs et la mousse s’étend jusqu’au seuil du rez-de-chaussée. » (Page 16).

Village de Barrow Storton: description à la fois triviale et bucolique de ce village anglais du Wiltshire dont « on distingue le tumulus qui donne son nom au village, monument funéraire de l’âge du bronze en l’honneur d’un roi dont le nom et lé célébrité sont tombés dans l’oubli: un tertre bas et étroit d’une longueur d’environ deux voitures, ouvert à une extrémité. En été, ce roi repose sous des orges sauvages, de flamboyantes jacobées et des myosotis, il écoute les incessants gloussements des alouettes. » (Page 24).

En conclusion:

Un premier roman qui témoigne du sens de la description de l’auteur, son aptitude à créer des atmosphères chaleureuses ou mystérieuses, champêtres ou désenchantées, selon le moment de l’histoire: « Excessivement éclairée, la salle à manger de La Fiorentina était cloîtrée derrière des fenêtres que la vapeur des plats chauds et les exhalaisons avaient gainées d’une buée opaque. Une lumière jaune ricochait par intermittence sur les verres, les bijoux et l’argenterie rutilante. » (Page 34)

Certes, le scénario de L’Héritage est construit sur les thèmes galvaudés et fort à la mode des secrets de famille issus du passé qui perturbent les nouvelles générations, mais avec tant de brio et de finesse que l’on est tout à fait enclin à mettre de côté cet aléa. D’autant que Katherine Webb enrichit son propos grâce à des personnages à la personnalité attachante et à la psychologie décrite avec beaucoup de justesse, et à une intrigue captivante. Voilà un bon début !!

Citations:

« …Elle comprit qu’il n’y aurait aucun moyen d’échapper à son acte, de l’oublier. Tel un chancre, il était enraciné en elle et, de même qu’il était inconcevable de retourner en arrière, elle n’était plus certaine de pouvoir aller de l’avant. » (Page 12).

« Le sol est jonché de feuilles, de ronciers, de bûches fendues et moisies. Des créatures invisibles s’écartent de moi, sans laisser d’autre empreinte qu’un infime bruissement. Glands et faines traînent partout. Autour d’un arbre, de petites pommes jaunes pourrissent. Je fais attention où je pose les pieds pour ne pas trébucher. Aucun oiseau ne chante au-dessus de ma tête. Le seul bruit perceptible est le souffle du vent qui se faufile entre les branches dénudées. » (Page 86).

« Ce sont des gens bien. Des êtres humains, comme toi et moi. Ils veulent simplement vivre, travailler et élever leurs enfants; peu importe ce que tu as entendu dire dans l’Est où on se plaît à présenter les Indiens comme des êtres d’une cruauté innommable, moi je t’affirme qu’ils ne cherchent à créer d’ennuis ni à toi ni à personne. » (Page 128).

« Il éprouve le plus grand respect pour moi, je t’assure, et j’ai dû le gagner. Les hommes tel que lui ne l’accordent pas parce qu’on est blanc, propriétaire ou patron, mais lorsqu’on a prouvé son intégrité, sa volonté d’apprendre, sa capacité à les respecter, eux, quand ils le méritent. » (Pages 131-132).

« Le lendemain de Noël, à mon réveil, j’entends des voix dans la cuisine, le raclement de la bouilloire sur le fourneau, le robinet en train de couler, le bruit sourd de l’eau dans les tuyaux du mur près de mon lit. Cela ressemble tellement aux matins de mon enfance que je reste couchée, en proie à la sensation vertigineuse de remonter le temps. » (Page 287).

Pressentiments

A la claire rivière

Un commentaire sur “Passion littérature anglophone : L’Héritage, Katherine Webb.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s