Passion littérature anglophone : Prémonitions de Alice Hoffman.

Le jour de son treizième anniversaire, Stella se réveille avec la capacité de voir le jour et les circonstances de la mort de certaines personnes qui l’entourent. Quand un don de cette ampleur s’entremêle avec une situation particulière et un secret de famille à découvrir, la lecture devient addictive !

L’auteur :

Alice Hoffman née en 1952 à New York, a grandi à Long Island avant de s’installer à Boston à l’âge adulte . Elle possède un baccalauréat universitaire et une maîtrise universitaire ès lettres en écriture créative. Auteur très prolifique, elle a publié son premier roman en 1977 à la fin de sa maitrise avant d’en écrire vingt-neuf autres. Elle privilégie les romans sur la magie et les dons tout en y alliant l’histoire et, quelquefois, le policier.

Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, le plus connu étant Les Ensorceleuses avec Sandra Bullock et Nicole Kidman.

Le roman :

Prémonitions, The probable future en version originale, seizième roman d’Alice Hoffman, a été publié en 2003. Il est construit en deux parties. La première comprend deux sous-parties intitulées La Vison et L’Oracle tandis que la deuxième en comprend quatre intitulées Le Don, Le Traitement, Le charme et Le Nœud.

L’écriture est simple et accessible ce qui rend la lecture agréable.

Synopsis : Comme toutes les autres femmes de sa famille, à l’âge de treize ans, Stella reçoit un don. Le sien est de voir comment et quand vont mourir les personnes qui l’entourent. Le jour où, accompagnée de son père, elle croise le chemin d’une jeune femme qui doit mourir égorgée, elle décide de prendre les choses en main et de prévenir quelqu’un pour empêcher cette horreur de se produire. S’en suivront de nombreux retournements de situations et une histoire familiale qui lui était encore inconnue. Comment peut-on apporter la paix à des personnes au bout de trois cents ans?

Les personnages :

Stella Sparrow : jeune fille de 13 ans, elle est l’héroïne du roman. Révoltée et en guerre contre sa mère suite à la séparation de ses parents, Stella cherche sa place dans une famille qui vit sur de nombreux non-dits. Vive, intelligente et curieuse, elle va dépasser les secrets de générations entières pour apporter la paix dont sa famille a besoin.

Jenny Sparrow : maman de Stella, séparée de son mari depuis plusieurs années, elle est pétrie d’angoisse à l’idée de voir sa fille grandir.

Elinor Sparrow : grand-mère de Stella et mère de Jenny, cette vieille dame âgée de 80 ans nourrie de nombreux secrets et non-dits. Le fardeau des générations précédentes est le principal élément qui l’empêche d’avancer dans la vie ou de s’ouvrir aux autres.

Matt Avery : frère de Will Avery et oncle de Stella. Jeune homme qui vit seul depuis la mort de sa mère douze ans auparavant. Il s’occupe des jardins et des espaces verts de la ville.

Docteur Stewart : vieux médecin de la petite ville, bien qu’il soit à la retraite, il continue de suivre certains patients et de se rendre à l’hôpital le samedi, accompagné de Stella de temps en temps. Il est très proche d’Elinor.

Hap Stewart : petit fils du docteur Stewart, il est le premier à rencontrer Stella quand elle déménage. Curieux, intelligent et attentionné, il devient rapidement le meilleur ami de la jeune fille.

Jimmy Elliot : décrit comme la racaille de la ville, tout le monde pense qu’il va finir en prison. Néanmoins, il devient ami avec Stella et s’attache à elle.

Juliet Aronson :meilleure amie de Stella, elle habite à Boston mais lui rend visite de temps en temps. Délurée et franche, elle est le genre d’amie que Jenny encourage pour sa fille. On découvre au fur et à mesure de l’histoire, qu’elle est fidèle, douce, attentionnée et déchirée par un passé douloureux.

Will Avery : père de Stella et ex-mari de Jenny. Alcoolique, hautain, menteur et manipulateur, il est accusé de meurtre et perd tout ce qu’il avait.

Liza Hull : propriétaire du salon de thé de la ville et ancienne camarade de classe de Jenny, elle devient rapidement amie avec elle et l’embauche dans son établissement.

Rebecca Sparrow : elle est la première femme de la lignée, elle apparaît un jour dans la forêt aux alentours de Unity, elle est alors âgée de 10 ans. Elle est le premier maillon de l’histoire familiale.

Les lieux :

L’histoire se déroule dans deux villes différentes : Unity et Boston. Unity est une petite ville fictive à une heure de train de Boston dans l’état du Massachussetts. La famille Sparrow vit dans la même maison depuis la première génération. Chaque nouvelle génération a ajouté une partie à la maison ce qui en fait un bâtiment disparate et irrégulier qui porte le nom de Cake House à cause de sa ressemblance avec une pièce montée.

Unity est entourée de collines, d’une forêt très étendue et de champs. Au milieu se trouve un lac réputé hanté par le fantôme d’un cheval.

Boston, et plus principalement le quartier de Beacon Hill, est la capitale du Massachusetts. Quartier résidentiel assez calme et huppé, c’est une totale antithèse avec la ville calme et paisible de la campagne d’Unity.

En conclusion :

Avec un postulat de départ que chaque femme de la famille Sparrow – et chaque femme en dehors de cette famille, par extension – est porteuse d’un don et qu’elle le transmet à ses filles à la naissance, Alice Hoffman nous emmène petit à petit dans un monde magique, dans lequel les considérations spirituelles et ésotériques sont banales et habituelles. Le jour de leur treizième anniversaire chacune de ces femmes, sur treize générations, se découvre un talent, un don, plus ou moins utile : ne pas ressentir la douleur, ne pas être brûlée par le feu, visualiser les rêves des personnes proches, apercevoir comment quelqu’un va mourir, etc…

Cette quête généalogique d’identité pose la question fondamentale : le passé peut-il être ignoré et l’impact qu’il a sur les générations suivantes est-il indéniable ou simplement imaginaire? Alice Hoffman entraîne Stella dans un questionnement qui remonte sur des générations. Cette jeune fille comprend qu’elle ne peut se construire réellement en tant que jeune femme avec un passif fait de silences et de non-dits. Armée de son courage et de sa ténacité elle va faire éclater le bulle de secrets qui entourent sa famille.

L’écriture simple et précise nous fait plonger rapidement dans un quotidien enchanteur où la magie et le spirituel sont des amis de longue date. La plume de l’auteur rend accessible toutes les questions ésotériques auxquelles il pourrait être difficile de croire; et pourtant elle les inclue si bien dans son récit qu’elles paraissent banales.

Une fois la lecture commencée, il est difficile de poser le livre tellement les personnages semblent familier, comme une communauté que l’on aurait déjà côtoyée auparavant.

Alice Hoffman réalise un coup de maître avec ce roman magnifique, intelligent et plein de questions importantes que l’on repousse trop souvent.

Sommes-nous qui nous sommes grâce ou en dépit de nos ancêtres et de leur parcours personnel?

Citations :

 » Rebecca adopta son surnom comme elle avait accepté le reste de son destin, sans émettre une plainte. Elle espérait plus tard pouvoir quitter cet endroit où les garçons l’espionnaient ou lui lançaient des pierres, et où tout le monde s’estimait apparemment supérieur à elle. Un jour, elle prendrait peut-être son envol et ils en resteraient pantois. Avec un peu de chance, si elle ne perdait pas espoir et si ses vœux étaient exaucés, elle parviendrait peut-être à ne plus rien sentir.  » ( p. 177 )

 » Matt était peut-être le seul habitant de la commune à savoir que son auteur était un sculpteur de la région, du nom de Fred Bean. Celui-ci avait perdu son plus jeune fils des suites de la diphtérie et avait passé six mois à travailler la pierre, un bloc de granit noir acheté dans le nord du pays. Il n’y avait pas un seul jour où Matt ne songeait aux larmes de cet ange. C’était cela l’histoire, dans son esprit : savoir que le chagrin était inaltérable et à jamais présent. Que l’on pouvait préserver quelques larmes dans la pierre la plus solide. » ( p. 188-189 )

 » Jenny les avait suivis mais était restée sur le seuil de la pièce. Elle avait toujours considéré cette vitrine comme le musée des douleurs de leur famille, destiné à leur rappeler qu’il ne fallait faire confiance à personne et ne jamais pardonner ce qui était arrivé à leurs ancêtres. Mais à présent, elle n’en était plus aussi sûre. » ( p. 326 )

 » Elinor avait été si longtemps insensible que c’était toujours une surprise pour elle d’éprouver à présent tous ces sentiments. On pourrait penser que la vacuité procure une impression de légèreté, mais il n’en est rien : elle pèse au contraire terriblement. C’était comme si les os d’Elinor avaient été en fer, durant toutes ces années, et qu’elle avait eu des semelles de plomb. Ce n’était qu’à présent, assise au jardin en compagnie de Brock, avec Argus étendu à leurs pieds, qu’elle était parvenue à se défaire de ces lourdes chaussures. Sous ses pieds nus, l’herbe était presque chaude. L’été n’était pas loin. S’agissait-il d’un rêve? De la réalité? » ( p. 521)

 » – Je croyais autre fois que la vie de chacun obéissait à un plan bien précis, reconnut le docteur. Au moins dans ses grandes lignes. Aujourd’hui, je crois qu’il en existe des milliers en puissance, que chaque souffle, chaque décision prise influe sur ce plan, le prolonge ou l’abrège, l’anticipe ou l’oblige à reculer. Il change sans arrêt. Ceux d’entre nous qui ont la chance de traverser sans trop de heurts l’océan des maladies et des accidents potentiels atteignent un âge avancé. Puis, nous finissons par nous fatiguer. Et nous fermons les yeux.
– Et après? Où allons-nous?
C’était un peu idiot de lui poser une telle question, comme s’il connaissait la réponse. Et pourtant, le docteur Stuart n’eut pas un instant d’hésitation : il saisit la main d’Elinor et la posa sur sa poitrine, à l’emplacement exact de son cœur.
– Ici, dit-il.  » ( p. 523-524)

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