Passion littérature anglophone: Voyage avec un âne dans les Cévennes, Robert Louis Stevenson.

L’auteur:

Robert Louis Stevenson, de son vrai nom Robert Lewis Balfour Stevenson, né à Edimbourg le 13 novembre 1850, est un écrivain et voyageur écossais. Sa mère, Maggie, est la fille cadette du révérend Lewis Balfour, appartenant à une famille originaire des Scottish Borders, région située au sud de l’Ecosse, à la frontière avec l’Angleterre. Son père Thomas Stevenson, un fervent calviniste, appartient à une célèbre famille d’ingénieurs. En effet, son grand-père Robert, son père et ses oncles Alan et David, sont tous des concepteurs de phares et ont activement apporté leur contribution à la sécurisation du littoral maritime écossais.

Le destin du jeune Robert semble alors tout tracé: il sera ingénieur spécialisé dans la construction de phares. Mais c’est sans compter sa santé fragile et son peu de goût pour les études. Et sa vocation…Car le jeune homme veut devenir écrivain. Et vivre sa vie comme il l’entend, sans se soucier des convenances ou de ce son père a décidé pour lui.  Il commence alors à mener une vie dissolue, scandalisant sa famille et ses professeurs, qui lui reconnaissent une réelle aptitude pour le dessin. Comble du scandale, il fréquente même une prostituée d’Edimbourg. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il décide d’orthographier son prénom « Lewis » à la française, donnant naissance à Robert Louis Stevenson pour la postérité. Il utilise le sigle R.L.S. pour se désigner.

Dans le même temps, en 1871, il abandonne ses études d’ingénieur et se réoriente vers le droit, pensant qu’il disposerait de plus de loisirs pour s’adonner à sa passion secrète: l’écriture. Le 14 juillet 1875, il est reçu à l’examen du barreau, mais il n’exercera jamais en tant qu’avocat. Décidément, le jeune Stevenson se montre bien peu respectueux des dictats de son milieu et de sa famille. Dès septembre 1872, il fréquente le club L.J.R. (Liberty, Justice, Reverence), une société d’étudiants qu’il a fondée avec son cousin Rob prônant l’athéisme et le rejet de l’éducation parentale. Le choc est terrible pour son père, calviniste convaincu, et la famille maternelle dont le patriarche, le révérend Lewis Balfour, réprouve toute forme vicieuses et dévoyées. Lorsque le jeune homme annonce, en janvier 1873, qu’il a perdu la foi, le scandale est à son comble.

Robert Louis Stevenson, avide de découvertes et d’aventures, a toujours été un grand voyageur. En 1876, il sillonne, avec un ami, les rivières du Nord entre Anvers et Pontoise, à bord d’un canoë, voyage mémorable qu’il relatera dans une ouvrage paru en 1878, intitulé Voyage en canoë sur les rivières du Nord. En août de la même année, il séjourne à Barbizon puis à Grez, petite commune près de Paris où se retrouvent de nombreux artistes. Il y fait la connaissance de Fanny Osbourne, rencontre qui va bouleverser sa vie à jamais.

Fanny Osbourne, née Van De Grift, est une artiste-peintre, voyageuse et romancière américaine de dix ans l’aînée de Robert. Séparée de son mari, Samuel Osbourne, elle élève seule ses deux enfants Isobel et Lloyd. Fanny est une femme pleine de charme, audacieuse, courageuse, qui brave les convenances de son époque avec panache. Le coup de foudre entre eux est immédiat. Ils se retrouvent l’été suivant. Robert veut l’épouser mais Fanny n’étant pas divorcée de son précédent mari, elle retourne en Californie où elle tombe malade. Robert, déçu par ce départ qu’il prend comme une rupture, en proie au doute, il part s’isoler au Monastier-sur-Gazeille, petite ville située au coeur de l’Auvergne. Malgré le désaccord de sa famille, son père le menaçant de lui couper les vivres s’il persiste dans cette idée de mariage, Robert part la rejoindre en 1879. Finalement, ils se marient le 19 mai 1880 à San Francisco.

Dans les années 1880-1887, Stevenson voyage beaucoup, notamment en Angleterre et en Ecosse. Toujours à la recherche d’un climat favorable à sa santé défaillante, il s’installe, à partir d’octobre 1881, à Davos, petite ville située dans le canton des Grisons, à l’est de la Suisse. Il y retrouve l’inspiration et rédige en deux semaines les quinze derniers chapitres de L’île au Trésor, roman qui ne sera traduit en français qu’en 1885.

En 1883, il s’installe à Hyères dans la propriété d’Alexis Godillot, devenu célèbre grâce aux chaussures militaires produites par sa firme, opportunément appelée Solitude. Il y séjournera deux années et, selon ses propres écrits, y sera heureux. En 1887, suite au succès de son L’Etrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde, il se rend aux Etats-Unis où il est accueilli comme une célébrité par la presse new-yorkaise. Afin de soigner son emphysème pulmonaire, il passe l’hiver suivant dans le massif des Adirondacks, monts situés au nord-est de l’état de New-York.

Au printemps 1888, il entreprend une croisière en Océanie au cours de laquelle il visite les îles Marquises, les îles Gilbert et les Samoas. L’année suivante, à l’occasion d’une série de reportages dans les mers du Sud, il séjourne aux Samoas. Il y fait la connaissance de Harry Jay Moors, employé par les planteurs de sucre de Hawaï pour recruter des employés dans les îles du pacifique. Sa santé se détériorant notablement, il décide de s’installer définitivement à Vailima, petit village située à quatre kilomètres de la capitale Apia. Il achète une parcelle de jungle. Lui et ses proches y vivent dans l’opulence.

Sans négliger sa carrière littéraire, Stevenson s’investit beaucoup auprès des Samoans, prenant leur défense contre l’impérialisme allemand. Afin de lui témoigner leur gratitude, les villageois construisent une route menant à sa plantation. Il deviendra chef d’une tribu dont les membres l’appellent Tusitala, le conteur d’histoires. Il décède le 3 décembre 1894 d’un AVC. Il était âgé de 44 ans. Les Samoans ont respecté son voeu d’être enterré face à la mer au sommet du mont Vaea.

Le roman :

Voyage avec un âne dans les Cévennes, Travels with a Donkey in the Cévennes dans la version originale parue en juin 1879. En 1925, ce récit de voyage fit l’objet d’une édition de luxe de 750 exemplaires numérotés dont 75 furent enrichis d’une eau-forte originale de l’illustrateur Robert Bonfils en frontispice.

Stevenson y raconte les péripéties de sa randonnée entreprise à l’automne 1878 dans les Cévennes. Parti du Monastier, dans le département de la Haute-Loire, il chemina vers le sud pendant douze jours, avec pour seule compagnie une ânesse prénommée Modestine. Il atteignit Saint-Jean-du-Gard après avoir marché pendant 195 kilomètres. Au gré des rencontres et des villages traversés, il y évoque les épisodes de la guerre des Camisards qui ont marqué cette région traditionnellement protestante.

La genèse du voyage. En 1878, il fait la connaissance de celle qui deviendra son épouse, Fanny Osbourne. Mais les obstacles à cette relation sont nombreux. En effet, Fanny, de dix ans son aînée, est toujours mariée à Samuel Osbourne. Bien que les deux époux vivent séparés, c’est lui qui subvient à tous les besoins de la jeune femme. Quant à Stevenson, dépendant financièrement de la rente que son père lui verse, il a les pieds et les poings liés: Thomas menace de lui couper les vivres s’il ne rentre pas à Edimbourg. En juin 1878, Fanny à son tour cède aux injonctions de son mari et rentre en Californie, laissant en France un Robert Stevenson dévasté.

Après un bref retour à Paris, il ressent le vif besoin de s’isoler afin de faire le point sur sa vie, sur son avenir et d’oublier Fanny. Son choix se porte sur le sud de la France, occasion pour lui de découvrir les lieux où s’est déroulée la guerre des Camisards, soulèvement de paysans protestants suite à la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, qu’il assimile aux Covenanters des Highlands, ces protestants écossais dont l’histoire a peuplé son enfance et nourri son imagination par les récits que sa nourrice lui a lus.

Le journal. A l’exception des parties historiques que Stevenson rédigea après son périple, le romancier voyageur écrivait chaque matin dans un journal le récit de la journée précédente, avant de reprendre sa route. Le premier chapitre raconte le séjour d’un mois qu’il fit au Monastier. Il y détaille la ville, ses habitants, leur vie quotidienne. Plus tard, ce chapitre sera retiré de l’édition afin de ne pas rompre l’équilibre du récit basé sur les journées de voyage et fera l’objet d’une édition séparée sous le titre de Une ville de Montagne en France, A Mountain Town in France dans la version originale.

L’itinéraire. Stevenson quitte Monastier-sur-Gazeille le 22 septembre en direction du sud. Il chemine à travers le Velay et la Lozère, ancien pays du Gévaudan, traversant les villages de Langogne, Luc, Le Bleymard, Le-Pont-de-Mauvert, Florac et Saint-Germain-de-Calberte, en plein pays camisard. De nos jours, cette randonnée est connue sous le nom de « chemin de Stevenson » et référencée comme sentier de grande randonnée (GR 70). Voyage avec un âne dans les Cévennes demeure l’un des livres de chevet préféré des randonneurs.

Les sources. Dans son récit de voyage, Stevenson fait souvent allusion à l’ouvrage du prédicateur et écrivain calviniste John Bunyan Le Voyage du Pèlerin, The Pilgrim’s Progress, publié en 1678, que sa nourrice lui a lu dans son enfance. Ce roman allégorique très populaire à l’époque raconte le voyage que fit son héros, Christian (ou Chrétien) de la « Cité de la destruction » jusqu’à la « Cité Céleste », de la Terre au Paradis, décrivant les embûches et les rencontres mettant sa foi à l’épreuve. Le romancier écossais cite d’ailleurs le prédicateur dès sa dédicace: « Mais nous sommes tous des voyageurs dans ce que John Bunyan nomme le désert de ce monde. » Dès lors, il semblerait que ce voyage ait revêtu aux yeux de Stevenson un aspect spirituel et initiatique.

Postérité. Après que Stevenson fût devenu un écrivain reconnu, la randonnée qu’il effectua dans les Cévennes pris rapidement l’allure d’un pèlerinage en devenant une incontournable étape pour tous ses admirateurs. Dans les années qui suivirent, de nombreuses expéditions réalisèrent le même voyage, notamment celles qu’effectua le mathématicien Robert Taylor Skinner dans les années 1920, s’efforçant de retrouver les personnes rencontrées par Stevenson lors de son périple en 1878. Il en constitua un ouvrage illustré de leurs photographies.

L’association du Club Cévenol, consciente très tôt de l’impact positif du Voyage avec un âne, et soucieuse de promouvoir un tourisme respectueux de la nature et du patrimoine, favorisa sa diffusion en réalisant en 1901 la première traduction partielle en français. L’inconvénient est que certains chemins empruntés par l’écrivain écossais tant devenus des axes routiers importants, la sécurité des excursionnistes était devenue problématique. A l’occasion du centenaire du voyage de Stevenson, la Fédération française de randonnée pédestre créa, en 1978, le sentier de randonnée GR70 balisé en rouge et bleu, couleurs de l’Ecosse. Plus connu sous le nom de « chemin de Stevenson », le Gr, plus long que l’original avec l’ajout de deux étapes, constitue un trajet de 250 kilomètres. Depuis 1994, toutes les activités touristiques découlant de la randonnée sont gérées par l’association « Sur le chemin de Robert Louis Stevenson » dont le but est d’assurer la promotion du Gr tout en préservant sa qualité.

En conclusion:

Grâce aux édition De Borée, que je remercie chaleureusement, Voyage avec un âne dans les Cévennes bénéficie d’une magnifique édition illustrée par Jean-Marie Gazagne, féru d’histoire locale et grand collectionneur de cartes postales, et Marius Gibelin, collectionneur passionné d’objets et de scènes du patrimoine de toutes sortes. Les photographies sont magnifiques, la mise en page est soignée, avec pour résultat un très bel album, illustré des documents d’époque, donnant une nouvelle vie à l’ouvrage de Stevenson.

Citations:

« La chambre était remplie d’une buée transparente qui me laissa obscurément entrevoir els trois autres lits et les cinq bonnets de nuit différents sur les oreillers. Mais par-delà la fenêtre l’aurore empourprait d’une large bande rouge le sommet des montagnes et le jour allait inonder le plateau. L’heure était suggestive et il y avait là la promesse de temps calme qui fut parfaitement tenue. » (Page 98).

« Entre la musarde humeur de Modestine et la beauté de ce spectacle notre progression fut lente, tout cet après-midi. Enfin, observant que le soleil, bien qu’encore loin de son coucher, commençait déjà d’abandonner l’étroite vallée du Tarn, je me mis à songer à un endroit pour camper. Ce n’était point chose aisée à trouver. Les terrasses étaient trop étriquées et le sol, là où il n’y avait point de plates-formes, était trop déclive pour pouvoir s’y étendre. J’aurais pu glisser pendant la nuit et m’éveiller, vers le matin, les pieds ou la tête dans la rivière. » (Page 127)

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